Festival Voix Vives à Sète

Le Cadran ligné sera présent au festival Voix Vives à Sète du 23 au 31 juillet et vous attend sur la Place du Livre en compagnie de nombreux autres éditeurs.

Au plaisir de vous y rencontrer.

Le programme complet de la manifestation est ici :

http://voixvivesmediterranee.com/anced-pdf/sete-2021.pdf

Le Cadran ligné vous attend au marché d’éditeurs de Vicq-sur-Breuilh. Cette manifestation organisée par Les Saisons du Vieux-Château vous a concocté une belle petite programmation : lectures, film, table ronde, expositions. Nous nous réjouissons de vous retrouver dans le cadre magnifique du Vieux-Château.

Alain Roussel à propos de « L’Exercice du silence »

Un grand merci à Alain Roussel qui donne une lecture approchée du livre de Serge Núñez Tolin. Extrait :

«  Qu’est-ce que le silence ? La tendance la plus courante consiste à le définir par la négative, comme une absence de bruit. Pourtant cette absence se fait entendre et le silence s’affirme comme présence, devient d’autant plus assourdissant que le bruit a été intense. L’on a ainsi tendance à le situer en aval, alors qu’il y a d’autres approches où le silence précède le son, existe sans lui. Paradoxalement, cette expression propre du silence par le silence n’est pas muette, même si elle n’émet aucun son. Ce silence-là, qui s’épanouit à l’intérieur de soi quand toute pensée s’apaise, le sage hindou Râmana Maharshi l’appelait l’éloquence suprême. Quoi qu’il en soit, dans un cas comme dans l’autre, le silence met l’individu en situation d’écoute : comme pour les bruits, il concerne l’ouïe, à l’intérieur de nous ou en dehors.

La grande originalité du livre de Serge Núñez Tolin est qu’il bouscule les mécanismes habituels de la perception : pour lui, l’organe du silence, c’est l’œil, comme s’il y avait aussi une écoute par le regard. Par ce déplacement d’un sens à un autre, le silence devient une dimension de l’espace, et non plus du temps. Il demande donc à être appréhendé par le regard, mais un regard qui serait objectivé, détaché et qui finirait par gommer celui qui est derrière l’œil : « oublier que nous regardons. » Comme certains peintres chinois, il y a ce désir chez Serge Núñez Tolin de disparaître dans le paysage, de se fondre dans le monde des choses : « Corps avancé continuellement vers son effacement. Silence du regard, extinction du paysage. » Il pénètre dans le regard à la façon dont Pierre-Albert Jourdan entrait dans le jardin, par une sorte de dépouillement de la pensée – « hors de l’acte de connaître et de nommer » –, et une patience adaptée à la lenteur des choses. Le regard, tel qu’il le conçoit et l’expérimente, n’est pas erratique, ou plutôt aussi loin qu’il puisse aller, c’est-à-dire indéfiniment, il transporte avec lui son centre qui est partout, « un centre qui exalte la vue en la déplaçant d’un bord vers un bord plus lointain, cherchant dans la périphérie l’étendue du centre », d’où un jeu continuel entre le mouvement et l’immobilité. » (…)

La suite est à lire sur le site de Pierre Campion.

L’article d’Alain Roussel a d’abord paru dans le n° d’Europe d’avril 2021.

Jean-Claude Leroy à propos de Serge Núñez Tolin

Un grand merci à Jean-Claude Leroy pour son article attentif consacré à deux livres récents de Serge Núñez Tolin dont L’exercice du silence paru au Cadran ligné. Extrait :

« Il n’y a pas de raccourci pour se tenir ici » 1

Deux ouvrages du poète Serge Núñez Tolin paraissaient l’été dernier, je ne sais forcément dire ce qui les distingue, la démarche de l’auteur est homogène, un même chantier à ciel ouvert qui se poursuit, se prolonge et se partage. Dans l’un des poèmes qui se déplie sur la page, dans l’autre des touches parfois plus brèves, mais qui ressortent de la même application à dire l’infime depuis lequel le regard existentiel prend son appui. Des notations comme des observations de soi, peut-être une sorte d’entreprise phénoménologique. Métaphysique, qui sait ? Pas de formalisme ici, il s’agit avant tout de dire quelque chose, chercher à gagner en précision, en exprimant au mieux la situation de l’être. Si l’être, c’est soi, c’est aussi bien l’autre, la page ne saurait les séparer.

(…)

L’exercice du silence, c’est le titre de l’autre recueil, qui signale une discipline, une attention portée à soi et à l’existence, car les deux sont mêlés, et indissociables. « Être dévêtu par l’immobilité », c’est bien cela, se laisser pénétrer, traverser, ressentir absolument, au nom de personne ou de quelconque.

« Hébétude de la parole. Ressassement, le silence pénètre le regard. »

Et ce quelque chose que Serge Núñez Tolin cherche à dire, qui n’arrive pas comme on le voudrait, parce que c’est un processus qu’il faut suivre en son entier, jamais un résultat ; ce quelque chose se situe dans un espace qui affleure tout juste, une sorte d’avant-dire. C’est pour cela qu’il est tellement question de silence, si indispensable vecteur. Vecteur de l’impossible. Par excellence, le domaine de la poésie.

On passe, et rien n’est à soi, pas le corps, pas le
passage. Corps et âme, quels mots imbéciles,
mots propriétaires.

L’article complet est à lire en suivant ce lien :

https://blogs.mediapart.fr/jean-claude-leroy/blog/010321/serge-nunez-tolin-quelque-part-dans-l-avant-dire

A signaler également que Serge Núñez Tolin réussit l’exercice délicat de parler du silence à la radio. Ça se passe sur RCF où il répond aux question d’Antoine Laby :

Le podcast : https://rcf.fr/actualite/actualite-locale/poesie-et-silence
Le MP3 à télécharger : https://we.tl/t-9cQK598jd2

Nouveaux articles sur nos parutions

Quelques recensions récentes :

François Crosnier, à propos de L’exercice du silence de Serge Núñez Tolin :

« Le beau livre de Serge Núñez Tolin (né en 1961) porte en exergue cet aveu de l’auteur : Aussi loin que je remonte dans mon souvenir, je ne connais pas un moment où j’ai pu être en accord complet avec la nécessité de parler, où je n’ai voulu, à chaque mot, le silence. Je ne peux démêler ce nœud : peser pour l’un, peser pour l’autre, constant échec de l’un et de l’autre. Cette tension entre parole et silence (il n’est pas indifférent qu’une référence du livre soit Louis-René des Forêts) structure l’ensemble du recueil et le place sous le signe de l’impossible et de l’échec. Mais il serait réducteur de s’en tenir là et d’omettre la dimension, indiquée dès le titre, de l’exercice. Celle-ci produit des effets de style qui ne peuvent que frapper le lecteur : l’implication personnelle attestée par le « Je » ; l’abondance de verbes à l’infinitif, à valeur de programmes que l’auteur se donne à lui-même ; l’attention aux détails ; le ressassement des mots et des thèmes comme mode de production du recueil ; enfin – même si plus discrète – l’adoption de la forme du récit : J’avance vers ce point où fuit mon récit, conduit (…) vers le fond percé de ma propre histoire.  Récit dont la source s’alimente d’ailleurs à une béance dont on ne saura rien : Tout tourne en rond dans mon esprit autour d’un mot qui n’a jamais été complètement dit. Aujourd’hui je m’attache au mot qui ne demande pas à être dit. »

C’est à lire sur Libr-critique.

Sébastien Omont à propos du Soufi de Marc Graciano :

« Lire Le soufi, c’est suivre une écriture poétique au tempo sereinement hypnotique – comme la musique jouée par le petit homme ou comme sa marche apparemment divagante – dans une temporalité immémoriale, celle d’une voix qui saisit par les images qu’elle fait naître et par son rythme. Rythme du mouvement, de ce qui n’est pas fixé, de la mobilité de la marge. »

A lire dans le n° 118 de En attendant Nadeau.

Enfin Claude Vercey à propos de Matin sur le soleil de Silvia Majerska :

« Il est toujours émouvant de découvrir une œuvre en son jaillissement, et précieux de pouvoir préserver l’impression du Premier contact (titre au demeurant du poème d’ouverture : Au toucher de mes cuisses / et de la surface de la terre /...), et de la traversée inaugurale de l’ouvrage, impression fragile qui risque d’être aussitôt polluée par les interprétations, les inévitables efforts de rationalisation à venir, et d’autant plus refoulée qu’il est difficile à un critique d’admettre n’avoir su cerner d’emblée ce que propose cette poésie. Pourtant ces échappées du sens participent à son charme. »

Compte rendu à consulter sur le Magnum de la revue Décharge.

On en parle

Plusieurs articles dans la presse ou sur le Web ont paru récemment à propos des livres du Cadran ligné. Petite revue de presse.

Dans Le Carnet et les Instants, Rony Demaeseneer évoque L’exercice du silence de Serge Núñez Tolin :

« Y aurait-il au fond une syntaxe du silence ?  Un ensemble de règles qui permettraient de comprendre pourquoi, chez le poète, le silence n’est pas synonyme d’absence mais bien plutôt de dialogue, de présence au monde. C’est en quelque sorte l’interrogation que le poète Serge Núñez Tolin décline depuis la publication de plusieurs de ses recueils tels que L’interminable évidence de se taire (2006) ou L’ardent silence (2010). Avec L’exercice du silence, il poursuit donc cette recherche, cette remise en question de la « nécessité de parler », de ce silence qui « noue la respiration à l’air qui le traverse ».

Sur le même livre, Thierry Romagné signe un superbe article dans Quinzaines n° 1230, novembre 2020. Extraits :

« Le texte établit constamment une équivalence entre le visible et le mutisme. Le silence permet de mieux voir les objets, et la vraie contemplation des objets permet de mieux entendre ce silence. C’est cela qui donne la possibilité d’avancer vers un vide, ni mortifère ni gage de sagesse mais vide, pour le dire en un seul mot. Il est question ici d’un vide vide de toute intentionnalité et présage de quiétude. Il n’est pas autrement défini parce que c’est une intuition plus qu’une théorie préexistant à l’expérience, déjà bouclée, complète, cadenassée. L’auteur, dit-on, appartient à une certaine tradition de poésie « pensante ». Mais il ne cherche jamais à définir la qualité de ce silence, son étendue, sa réalité ou sa potentialité ; il ne cherche pas à l’appréhender philosophiquement ; pour lui, le silence reste un horizon vers lequel il marche, une intuition. (…) L’Exercice du silence fait partie de ces livres que l’on n’attendait pas et dont la lecture marque durablement celui qui s’y lance. Il développe à bas bruit et dans une langue d’une humilité qui étonne, un questionnement vrai, exigeant, indépendant des modes et des poses littéraires. C’est un précieux viatique pour l’hiver dans lequel nous entrons tous, tout le temps. »

Enfin Marc Graciano répond aux questions de Marie-Pierre Soriano sur le blog de celle-ci, Le Triangle masqué. Extrait :

Marc Graciano, bonjour et merci d’avoir accepté notre invitation pour le Triangle Masqué (promis, ce nom avait été choisi et trouvé avant 2019 !).

Le Soufi est votre 7e ouvrage, il est paru en septembre aux Éditions Le Cadran ligné et, le moins que l’on puisse dire, c’est que vous nous cueillez, nous, lecteurs, absolument hors de nos zones de confort (une nouvelle fois, d’ailleurs).
Dites-nous, s’il vous plaît, quel a été l’élément déclencheur de l’écriture de ce texte ?

Marc Graciano : Ce texte prend place dans un projet plus vaste qui m’occupe depuis des années et va m’occuper, je crois, encore quelques lustres, et que je nomme, un peu grandiloquemment, Le Grand poème. Il n’en est qu’un fragment (comme l’est Le Sacret, publié chez Corti). Ce sera le récit de la vie d’un homme qui se fait ermite puis voudra établir une maison-dieu sur le lieu de son ermitage. Le gyrovague n’est qu’un des nombreux personnages qui viendront lui rendre visite et lui témoigner de leur rapport au monde et à Dieu.

En quelque soixante pages, vous nous permettez tout à la fois de vivre une expérience « physique », celle de la transe, et de nous interroger très profondément sur le sens de plusieurs choses : le langage, le lien à la nature, les rapports entre les humains, aussi différents soient-ils… Quel était votre projet littéraire de départ ? Sur quoi est-ce que vous, vous aviez besoin de vous interroger ?

Marc Graciano : Je n’avais aucun projet de départ, et généralement, je ne m’interroge sur rien avant d’écrire un texte. J’écris généralement, comme j’ai pris l’habitude de le dire, dans un parfait état de bêtise. Ce n’est qu’après coup que je découvre la charge symbolique de ce que j’ai écrit (même si je m’en doute un peu pendant l’écriture…).
Je mettrais la question de l’écriture un peu à part dans la mesure où j’ai fait le choix, dès le départ, d’un système grammatical et lexical plutôt originaire. J’ai de plus en plus le projet de créer une langue renaissante, ou « reneuve », ce que j’appelle désormais une langue-enfant, ou « noëlle ». Ce n’est pas une langue qui en imite une ancienne, mais une langue qui veut retrouver le mouvement qui a présidé à la création de celle ancienne. Nous serions là assez proches du concept de mimisme cher à Marcel Jousse(L’Anthropologie du geste), duquel il voit dans l’eucharistie chrétienne la plus parfaite illustration. Le chrétien n’imite pas la Cène, il la re-joue et la re-vit.

Vous choisissez, comme souvent dans votre œuvre, de ne donner que très peu d’indications sur la date et le lieu de l’action. Ici, on peut envisager le Ve ou le VIe siècle par la présence de ce moine errant, le gyrovague, et une région du monde qui comporterait tout à la fois des plateaux montagneux et des déserts. Pourquoi avoir choisi de situer cette intrigue dans un temps lointain ?

Marc Graciano : Ces temps anciens où je me replace me permettent d’évoluer dans un monde épuré et réduit à l’essentiel d’un point de vue matériel, et où la nature prend une grande place. Ce minimalisme permet de bien plus facilement mythifier mes personnages et les situations.
C’est aussi, je dois bien l’avouer, mon monde imaginaire préféré, auquel il me plaît d’être la plupart du temps fidèle, car, comme disait Borges, la sincérité pour un écrivain, c’est d’être fidèle à son imaginaire…
Cependant, nous pourrions bien être du côté du plateau du Golan durant les premières croisades…

Les deux seuls personnages de votre texte sont un moine errant, « le gyrovague », et un petit homme que le moine découvre à son réveil dès la première phrase du texte. Aucun des personnages ne parle, et le récit est porté par le discours « rapporté » du moine. Avec cette répétition hypnotique tout du long du texte « dit le gyrovague ». Une fois la lecture finie, on se demande si c’est un rêve conté, si c’est un conte, une fable, et on sait aussi que ces deux personnages ont traversé une expérience, une rencontre quasi mystique, sans échanger la moindre parole.
Que souhaitiez-vous interroger sur le langage, précisément ?

Marc Graciano : À part ce que je vous ai dit précédemment, il est manifeste qu’il y a dans mon écriture la recherche d’une phrase orale, hypnotique et transie, idéale pour rendre compte de la mysticité. Là encore (décidément, vous allez croire que j’en suis un groupie), Marcel Jousse peut aider, avec son concept de rythmo-mimisme. La parole, dit-il, chez les premiers prêtres, a dû être intimement liée au geste, à la danse.

Le récit du gyrovague est extrêmement précis. Si précis, qu’il met instantanément en valeur « la pauvreté » du nôtre, du mien, en tout cas. Et finalement, on se dit que nous vivons dans une société qui ne se tait jamais, mais qui ne dit absolument rien. Sans toutefois que votre texte soit pontifiant, parole de triangle masqué, c’est même tout le contraire, à vrai dire, diriez-vous du monde qui vous entoure que son bruit vous fatigue, Marc Graciano ?

Marc Graciano : Oui, par moments.
Surtout de nos jours, avec la grande caisse de résonance que constitue une sphère médiatique en expansion infinie.
Notre monde moderne est bruyant, saturé de signes, la plupart vains, qui plus est, mais qui nous occupent pathologiquement l’esprit.
Je deviendrais bien de plus en plus antimoderne.

Avez-vous réalisé un travail de documentation pour pouvoir citer les choses, les éléments, les outils de façon si précise ?

Marc Graciano : Non.
Je me documente généralement très peu.
J’ai lu au départ un petit livre parlant des premiers mystiques soufis, de leur coexistence avec certains ermites chrétiens (nestoriens), de leurs liens parfois conservés avec le monde païen, de leur goût pour l’ésotérisme, de certains symboles qu’ils utilisaient (figure de lion, d’échassier), mais cette lecture n’a été que le prétexte à une rêverie personnelle d’un ermite soufi (d’un mystique musulman des premiers temps).
Je me suis si mal documenté, que le personnage du petit homme que je décris serait à vrai dire plus proche de ce qui s’appelle un derviche, ainsi que je l’ai appris en lisant dernièrement un livre d’Alexandre Papas (Ainsi parlait le derviche). (…)

Lundi poésie : aujourd’hui, «Orphée descend très haut»

Le 26 octobre, Guillaume Lecaplain a choisi de parler dans Libération, pour son coup d’oeil hebdomadaire sur l’actualité poétique, du livre de Silvia Majerka, « Matin sur le soleil » :

« La sobriété est sans doute la veine la plus exigeante de la poésie. Silvia Majerska y excelle dès son premier recueil, Matin sur le soleil. La jeune autrice (née en 1984 en Slovaquie) y déploie des textes presque blancs dans leur simplicité radicale. De poème en poème, on y pioche des formules qui frappent par leur limpidité étrange. « Je ne comprends toujours pas / le dialogue entre les arbres et le soleil. » Plus loin :  » Personne ne s’intéresse / à ce que pense le vent. »  »

Il faut accepter de ne pas tout saisir du sens précis des textes de Majerská. Ils convoquent des images fortes qui, littéralement, parlent d’elles-mêmes. Tout en prenant acte de l’impossibilité du langage d’embrasser réellement la réalité : «Si j’avais deux bouches comme j’ai deux yeux, / je parlerais peut-être une langue à trois dimensions.»

Voici un des poèmes du recueil :

Bleu

à Alena

Les souches d’arbres s’arrêtent à la hauteur des chevilles ; inertes, les racines ne dérangent plus personne sous la terre.

La sève qui montait jusqu’au sommet de l’arbre comme un singe bien musclé, s’évapore très lentement. On dirait une âme que personne ne voit s’envoler et rejoindre les nuages, ces pleureuses inassouvies.

Sous la pluie, quelqu’un applique le bleu. Le blanc tète le pigment au goût de feuille, de pétale, de fruit ; les nuances peuplent l’espace de la tâche.

Pendant ce temps-là, vêtu d’un simple jean bleu, Orphée descend très haut, jusqu’au vouvoiement.

Silvia Majerska, Matin sur le soleil, éd. Le Cadran ligné, 48 pages, 12 €.

Guillaume Lecaplain

https://next.liberation.fr/culture/2020/10/26/lundi-poesie-aujourd-hui-orphee-descend-tres-haut_1803502

Rappelons qu’en attendant la réouverture des librairies, la plupart d’entre elles pratiquent déjà la commande en ligne et le retrait sur place.

« Matin sur le soleil » lu par Marc Wetzel

Très bel article de Marc Wetzel sur Poezibao à propos de « Matin sur le soleil » de Silvia Majerska. Merci à lui.

Extrait : « « Matin sur le soleil » est un titre indécidable, irritant, et comme auto-destructeur, mais il réussit tout de suite son coup : figurer l’impossible. Car s’il y a bien matin sous le soleil (et par lui), il n’y en a pas (pas plus d’ailleurs que de midi ou de soir) sur lui : il n’y a pas de point du jour sur l’astre même qui le cause, aucune journée ne commençant ni ne se finissant à la source de toutes. Mais justement, s’il n’y a rien de nouveau sous le soleil (parce que nos matins ne savent qu’y recommencer indéfiniment des journées), c’est aussi que nos vies dès l’aube – à l’heure, comme au crépuscule, de l’ombre la plus longue – font le point, se ressaisissent d’elles-mêmes, se reprennent en charge, et donc réintroduisent en elles l’ombre de ce qu’elles ont déjà vécu : leur nécessaire fidélité à elles-mêmes les obscurcit. « Matin après matin, tu finis par te souvenir de toi-même, mais sache que cela ne t’emmènera jamais nulle part. Les souvenirs sont comme un miroir qui aurait préféré devenir fenêtre. (…) La valeur de certains désirs, c’est d’être aussi irréalisables que le matin sur le soleil » (p. 28) Pas de matin sur le soleil signifie donc peut-être : pas de pur lever dans la conscience, elle qui date au mieux de son premier souvenir et ne peut donc que chanter, sans pouvoir la lever, l’énigme qu’elle est pour elle-même. Toute présence se prend en route ou rien : elle ne peut se dépêtrer de son propre élan, comme un conatus grandiose et maudit. »

Suite de l’article dans Poezibao :

https://poezibao.typepad.com/poezibao/2020/10/note-de-lecture-silvia-majerska-matin-sur-le-soleil-par-marc-wetzel.html

Marc Wetzel à propos de « L’exercice du silence »

Marc Wetzel signe un excellent papier dans la revue Traversées sur le livre de Serge Núñez Tolin. Extrait :

« J’ai rencontré deux ou trois fois Serge Núňez Tolin ; c’est un homme souple, chaleureux et vif. Son oeuvre est pourtant tout le contraire : elle est austère, abrupte et lente, et elle l’est vraiment. Mais je crois comprendre peut-être pourquoi. L’oeuvre est austère (elle est sévère, rigoureuse, comme se réduisant à sa propre rudesse, stricte comme si tout decorum était en panne) parce qu’elle est partout et toujours précise : on y mesure à chaque pas ce dont exactement on parle, on y est comme obsédé par le droit qu’a la parole d’occuper sa propre place. Elle est abrupte (de parcours raide, sans filet, où la lecture même risque toujours de se rompre quelque chose) parce qu’elle est authentique : tout ce qui y est présent semble aussitôt prendre ses propres responsabilités, assumer seul et intraitablement la moindre autorité à laquelle cela prétend. Aucune diversion, aucune délégation à un tiers quelconque (pas même un auteur majeur, une référence inattaquable) du soin de justifier ce qui est en cours : à peine, pour tout l’ouvrage, une citation liminaire de Michaux, et le nom de Morandi quelque part. L’œuvre enfin est lente (elle a, comme dit mon médecin de famille, le pouls désespérément uni, pépère et fastidieux) parce qu’elle est infiniment précautionneuse, elle regarde à tout, espionne avec une rare vigilance, et aussitôt, tous les à-côtés – conditions, corrélations, conséquences – de ce qu’elle avance. Sa puissance méditative est un hôte exigeant et peu corruptible !

  Il ne s’agit pourtant pas ici de méditer pour méditer; ce n’est pas un simple exercice de silence, mais bien, comme le titre y prétend à la fois ingénument et périlleusement, l’exercice même du silence. On ne fera pas zazen ici, même si le corps, la respiration, la nudité du contexte, le retirement méthodique et une sorte de quiétude complexe et compulsive y ressemblent ou disposent. On n’est d’ailleurs même plus vraiment dans la poésie philosophique coutumière de l’auteur, parce que la philosophie discourt et raisonne, comme un combat réfléchi de la raison avec ses propres limites, alors qu’ici les mots ne font que décrire (jamais raconter ni déduire) ce qui leur échappe, ce qui se passe d’eux, ce qui les épuise, écrits par quelqu’un qu’on n’imagine pas du tout à sa table peaufiner les idées qu’il a, mais bien plutôt (qu’on pardonne ce clin d’oeil vaguement spinoziste) arpenter de long en large, devant nous et les choses, l’idée qu’il est !

« Funambule dans un infini fraternel où la chute est l’interminable fil que l’on suit : solitude du marcheur » (p. 26) » (…)

La suite sur https://revue-traversees.com/2020/10/06/serge-nunez-tolin-lexercice-du-silence-le-cadran-ligne-ouvrage-publie-avec-le-concours-de-la-federation-wallonie-bruxelles-septembre-2020-72-pages-14-e/