« Matin sur le soleil » lu par Marc Wetzel

Très bel article de Marc Wetzel sur Poezibao à propos de « Matin sur le soleil » de Silvia Majerska. Merci à lui.

Extrait : « « Matin sur le soleil » est un titre indécidable, irritant, et comme auto-destructeur, mais il réussit tout de suite son coup : figurer l’impossible. Car s’il y a bien matin sous le soleil (et par lui), il n’y en a pas (pas plus d’ailleurs que de midi ou de soir) sur lui : il n’y a pas de point du jour sur l’astre même qui le cause, aucune journée ne commençant ni ne se finissant à la source de toutes. Mais justement, s’il n’y a rien de nouveau sous le soleil (parce que nos matins ne savent qu’y recommencer indéfiniment des journées), c’est aussi que nos vies dès l’aube – à l’heure, comme au crépuscule, de l’ombre la plus longue – font le point, se ressaisissent d’elles-mêmes, se reprennent en charge, et donc réintroduisent en elles l’ombre de ce qu’elles ont déjà vécu : leur nécessaire fidélité à elles-mêmes les obscurcit. « Matin après matin, tu finis par te souvenir de toi-même, mais sache que cela ne t’emmènera jamais nulle part. Les souvenirs sont comme un miroir qui aurait préféré devenir fenêtre. (…) La valeur de certains désirs, c’est d’être aussi irréalisables que le matin sur le soleil » (p. 28) Pas de matin sur le soleil signifie donc peut-être : pas de pur lever dans la conscience, elle qui date au mieux de son premier souvenir et ne peut donc que chanter, sans pouvoir la lever, l’énigme qu’elle est pour elle-même. Toute présence se prend en route ou rien : elle ne peut se dépêtrer de son propre élan, comme un conatus grandiose et maudit. »

Suite de l’article dans Poezibao :

https://poezibao.typepad.com/poezibao/2020/10/note-de-lecture-silvia-majerska-matin-sur-le-soleil-par-marc-wetzel.html

Marc Wetzel à propos de « L’exercice du silence »

Marc Wetzel signe un excellent papier dans la revue Traversées sur le livre de Serge Núñez Tolin. Extrait :

« J’ai rencontré deux ou trois fois Serge Núňez Tolin ; c’est un homme souple, chaleureux et vif. Son oeuvre est pourtant tout le contraire : elle est austère, abrupte et lente, et elle l’est vraiment. Mais je crois comprendre peut-être pourquoi. L’oeuvre est austère (elle est sévère, rigoureuse, comme se réduisant à sa propre rudesse, stricte comme si tout decorum était en panne) parce qu’elle est partout et toujours précise : on y mesure à chaque pas ce dont exactement on parle, on y est comme obsédé par le droit qu’a la parole d’occuper sa propre place. Elle est abrupte (de parcours raide, sans filet, où la lecture même risque toujours de se rompre quelque chose) parce qu’elle est authentique : tout ce qui y est présent semble aussitôt prendre ses propres responsabilités, assumer seul et intraitablement la moindre autorité à laquelle cela prétend. Aucune diversion, aucune délégation à un tiers quelconque (pas même un auteur majeur, une référence inattaquable) du soin de justifier ce qui est en cours : à peine, pour tout l’ouvrage, une citation liminaire de Michaux, et le nom de Morandi quelque part. L’œuvre enfin est lente (elle a, comme dit mon médecin de famille, le pouls désespérément uni, pépère et fastidieux) parce qu’elle est infiniment précautionneuse, elle regarde à tout, espionne avec une rare vigilance, et aussitôt, tous les à-côtés – conditions, corrélations, conséquences – de ce qu’elle avance. Sa puissance méditative est un hôte exigeant et peu corruptible !

  Il ne s’agit pourtant pas ici de méditer pour méditer; ce n’est pas un simple exercice de silence, mais bien, comme le titre y prétend à la fois ingénument et périlleusement, l’exercice même du silence. On ne fera pas zazen ici, même si le corps, la respiration, la nudité du contexte, le retirement méthodique et une sorte de quiétude complexe et compulsive y ressemblent ou disposent. On n’est d’ailleurs même plus vraiment dans la poésie philosophique coutumière de l’auteur, parce que la philosophie discourt et raisonne, comme un combat réfléchi de la raison avec ses propres limites, alors qu’ici les mots ne font que décrire (jamais raconter ni déduire) ce qui leur échappe, ce qui se passe d’eux, ce qui les épuise, écrits par quelqu’un qu’on n’imagine pas du tout à sa table peaufiner les idées qu’il a, mais bien plutôt (qu’on pardonne ce clin d’oeil vaguement spinoziste) arpenter de long en large, devant nous et les choses, l’idée qu’il est !

« Funambule dans un infini fraternel où la chute est l’interminable fil que l’on suit : solitude du marcheur » (p. 26) » (…)

La suite sur https://revue-traversees.com/2020/10/06/serge-nunez-tolin-lexercice-du-silence-le-cadran-ligne-ouvrage-publie-avec-le-concours-de-la-federation-wallonie-bruxelles-septembre-2020-72-pages-14-e/

Claro à propos de « Le Soufi »

Claro a été enthousiasmé par Le Soufi de Marc Graciano, et nous, nous sommes enthousiasmés avec (par) lui.

Extrait de son article paru sur le blog Le Clavier cannibale :

« Je ne suis que depuis peu le travail de Marc Graciano, dont j’ai lu seulement les deux derniers ouvrages, mais à chaque fois je suis fasciné par la scansion particulière de sa phrase qui, fermement articulée sur d’effectifs pivots, lui permet d’imposer un récit qui semble tendre vers la fable tout en distillant un autre niveau, qui reste à estimer. C’est dû en partie au rapport qu’entretient l’auteur avec le lexique – visant la précision, il recourt parfois à des mots rares – et avec la syntaxe – refusant d’ancrer son récit dans un lieu et un temps nommés, il donne à ses tournures une inflexion qu’on qualifiera, faut de mieux, d’ancienne. Mais je suppose que tout cela a été déjà dit et remarqué. Le fait est qu’il en résulte une diction à la fois haute par sa tenue et fluide par sa maîtrise, d’un classicisme apparent – mais seulement apparent –, qu’on pourrait bien sûr trouver précieuse, mais dont la méticulosité, la minutie, me semble l’ombre portée d’une exigence méritant toute notre attention. Car ce que fait Graciano ne me semble relever uniquement d’un simple mimétisme – dans le sens où on pourrait penser qu’il se contente de dupliquer une langue, on l’a dit, classique –; il s’agit plutôt pour lui – à mon sens – de tirer profit de l’extrême exactitude de la langue pour faire du récit et de la description un événement en soi, si bien qu’on ne saurait démêler la magie des rituels décrits du rituel tout aussi magique de la phrase. » (…)

Suite de ce compte rendu sur le blog de Claro :

https://towardgrace.blogspot.com/2020/10/la-misericorde-en-uvre-le-soufi-de-marc.html

Mathieu Jung à propos de « L’exercice du silence »

Merci à Mathieu Jung qui signe un excellent article à propos de L’exercice du silence, de Serge Núñez Tolin :

« La parole poétique a partie liée avec le silence, c’est entendu. Qu’elle évoque l’arbre, elle pourra s’intéresser davantage au bleu du ciel qu’aux ramures qui s’y découpent. Cette manière de négatif peut faire penser à la pratique du Zazen. L’être méditatif, immobile, laisse filer les images, vise à se retrancher de tout, dans une quête de vide. Le ciel pur davantage que les branches. Le silence plutôt que les effractions de la parole. Et cela donne le constat suivant chez Serge Núñez Tolin : « J’ai appauvri ma langue et vidé la pensée. Il me reste quelques mots et deux ou trois images. / Je suis une chose immobile où il n’y a pas de silence. » L’Exercice du silence témoigne d’une quête difficile, dont cet ouvrage propose une sorte de récit délabré, lequel tâche de remonter la rivière de la parole, avec pour corrélat la malédiction du visible. « Renverser le sens du récit, se tenir complètement dans le visible. » Tant et si bien que Núñez Tolin tâche de donner à voir ce que peut être un « organe du silence ». Le regard est sans cesse sollicité, en cela qu’il obéit à une présomption muette. Pour autant, cet Exercice n’est pas un énième traité sur la vue. Davantage une rêverie sur un regard tacite, une ébauche de ruine quant au silence. « Le Néant parti, reste le château de la pureté, » écrivait Mallarmé. Et ce sont, je crois, les ruines d’un pareil château qui s’amoncellent ici.

Dire et voir, dans l’ineffable de l’ « Il y a », voici un des buts de cet Exercice, de cette pensée qui emprunte les sentiers fragiles réservés à la poésie, selon des fulgurances aphoristiques qui sont comme autant de trouées sensibles à même les choses. « Épuiser les choses jusqu’au dernier mot. » Un à un, jusqu’au dernier ― si ce dernier existe ou a lieu d’être. Il s’agit d’une tentative d’épuisement qui semble aboutir et qui par certains aspects, comme à corps défendant, achoppe sur de l’ouvert. Une dette, à mieux dire, qui toujours revient : « Ce vivant silence dont on ne cesse de s’acquitter. » Par cet ajour se faufile une pensée promise à la ruine. « Trouver des mots en ruinant la pensée. » Dilapider, à la lettre, mais selon une précarité profuse : arrachement au bruit, maigreur, puissance du décharné.  Pour le dire autrement, l’acheminement vers le silence passe par les obstinations de l’homme qui marche de Giacometti. » (…)

La suite de ce compte rendu sur le blog perso de Mathieu Jung :

https://mathieujung.wordpress.com/2020/10/04/lexercice-du-silence-serge-nunez-tolin-le-cadran-ligne-2020/

Vient de paraître

Marc Graciano

Le Soufi

Dessin de Victor Soren

14 € – 64 pages

ISBN : 978-2-9565626-1-0

Le Soufi est un récit porté par une seule phrase aux multiples méandres et d’une méticulosité presque obsessionnelle. Plutôt que de se mettre au service d’une narration, il est l’occasion pour l’auteur de développer des visions où l’étrange se dispute au merveilleux. On y retrouve l’univers mythique des « romans » du même auteur publiés chez Corti.

crédit Victor Soren

*

Serge Núñez Tolin

L’exercice du silence

14 € – 72 pages

ISBN : 978-2-9565626-2-7

L’exercice du silence emprunte la voie et la tradition d’une poésie « pensante » dans la lignée d’un Roberto Juarroz, d’un Gaspard Hons ou d’un François Jacqmin. Pour autant, le trajet que le recueil effectue tend à s’éloigner d’une poésie du concept et de l’abstraction, d’une métaphysique, pour s’approcher du réel et de sa simple évidence mystérieuse.

*

Silvia Majerska

Matin sur le soleil

12 € – 48 pages

ISBN : 978-2-9565626-3-4

Matin sur le soleil est un recueil où le jeu avec la logique (l’auteure invente des objets mathématico-tragiques tel que le « cube de Pandore ») est au service d’une poésie de l’image. Les thèmes, notamment la nature mais aussi la complexité de la psyché, sont traités par le biais de la personnification ou encore du paradoxe. Poésie à la fois lyrique et sobre qui brouille les frontières entre l’animé et l’inanimé et tend à atténuer l’autorité de l’évidence.

« Quelques matériaux du rêve » de Katrin Backes et Sylvain Tanquerel

Exposition

« Quelques matériaux du rêve  » de Katrin Backes et Sylvain Tanquerel


à la vitrine expérimentale Le Point G (Place Mgr Berteaud – Tulle)  – visible 24h/24

à la maison des Portes Chanac (2 rue des Portes Chanac – Tulle) – ouvert du mardi au vendredi de 12h à 18h

17 septembre > 7 novembre 2020  –  Vernissage : jeudi 17 septembre à partir de 18h

Voir la roue d’un paon ou une forêt entière se déployer dans l’image d’une goutte de plomb fondu. Éprouver les merveilles du ciel profond dans l’empreinte d’un jeté de terre et, prêtant l’oreille, y discerner le chant flûté des alytes. Démêler une faune fantastique dans l’agglomérat d’os et de poils d’une pelote de réjection passée sur la vitre du scanner…

Hallucination simple ou vraie vue de l’esprit, cette tendance commune que nous avons de trouver des formes dans les images indéterminées (figures dans les nuages, signes dans les pierres, bestiaire des constellations, etc.) porte le beau nom de paréidolie.

Plus d’informations sur les artistes : www.katrinbackes.com

Vendredi 18 septembre et vendredi 6 novembre à 18h :

Lecture-projection : « Bleigiessen, la vision par le plomb » (éditions Le Cadran ligné)
Espace du petit forum – Théâtre l’Empreinte (Tulle) – entrée libre et réservation recommandée

À paraître

À paraître en septembre au Cadran ligné, trois nouveautés dont nous vous reparlerons :

 

Marc Graciano – Le Soufi

(Dessin de Victor Soren)

Mise en page 1

« Le petit homme avait élevé la circulaire tôle au-dessus de sa tête, de telle manière que sa forme coïncidât avec le disque solaire et qu’elle en éclipsât miraculeusement toute la lumière, si bien que le gyrovague dit avoir eu la conviction que la nuit s’était instantanément et miraculeusement installée sur le désert, comme dans une prodigieuse éclipse. »

http://www.jose-corti.fr/auteurs/graciano.html

λ

Serge Núñez Tolin

L’exercice du silence

Mise en page 1

 

L’exercice du silence emprunte la voie et la tradition d’une poésie « pensante » dans la lignée d’un Roberto Juarroz, d’un Gaspard Hons ou d’un François Jacqmin. Pour autant, le trajet que le recueil effectue tend à s’éloigner d’une poésie du concept et de l’abstraction, d’une métaphysique, pour s’approcher du réel et de sa simple évidence mystérieuse. « Faire remonter le mot jusqu’à la chose : impossible étymologie ».

https://www.printempsdespoetes.com/Serge-Nunez-Tolin

λ

Silvia Majerska

Matin sur le soleil

Mise en page 1

« Si j’avais deux bouches tout comme j’ai deux yeux,

je parlerais peut-être une langue à trois dimensions

Peut-être que je saurais prédire l’avenir

Lire dans tes pensées

Calculer à haute voix

l’écart entre le carré et le cube

de Pandore »

 

https://www.livreparis.com/zoom-sur/bratislava-ville-a-lhonneur/auteurs-bratislava/silvia-majerska11/

 

Wolowiec par Stolowicki

Merci à Christophe Stolowicki pour sa lecture très personnelle de Gestes, de Boris Wolowiec.

Extrait :

« Utiliser son sexe en érection comme télescope à toucher le visage de chute du ciel. »

Ce ne sont pas des aphorismes. Ni des brèves, bien qu’ils tiennent en une ou deux lignes de prose. Mais des poèmes. Pas des monostiches (pas plus que distiques ni tercets que terre sait comme on sème, comme on s’aime l’être à la main). Mais des variations – non comme femme ou forme varie mais comme de grand fond(s) l’on épelle ses avatars.

« Éjaculer l’équilibre de son sexe comme sommeil de son odeur. »

Solitude de moinillon. De moine on y trouvera à foison de matines la vêprée des siècles. Non, ils n’ont pas prié en vain, ne se sont pas flagellé l’essence, l’essaim des sens en vain si en jaillit un poème. À l’amont de Dieu, à son ubac.

À s’en imprégner de plus près, tous ces gestes sériels, souvent par correctrices adjonctions successives, vermiculaires ou rompues net – beat de flagellant – articulent, au socle anaphorique d’impérieux infinitifs, leur impératif non-être : « Affirmer l’existence comme prétexte de l’extase. / Affirmer l’existence comme prétexte de la respiration de l’extase. / Affirmer l’existence comme prétexte d’extase de la catastrophe de respirer. »

« Dormir paré par l’incroyable de la respiration. / […] Dormir enraciné au futur antérieur. / Dormir parfumé par la vivacité de son désespoir. / […] Dormir sculpté par le tonnerre d’infinité du feu. / […] Dormir comme le poignard de clandestinité du ciel. » Je dois simuler l’explication de texte pour mieux sombrer à étiage, me hisser à étage de ce vademecum, de ce retro satanas dans la nasse attiré – à tirets – atterré. Je dois faire la part du feu – ne peux que feuilleter plus effeuillé que moi, plus emmuré, plus hérissé de tessons de silence.

(…)

Suite de l’article sur Sitaudis.

 

couve Gestes