Des PAYS HABITABLES revue

Nous avons le plaisir d’annoncer et de soutenir la revue « Des Pays habitables » animée par Joël Cornuault, grand dénicheur de textes et d’oiseaux rares. Sommaire du premier numéro et abonnement :

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Wolowiec par Stolowicki

Merci à Christophe Stolowicki pour sa lecture très personnelle de Gestes, de Boris Wolowiec.

Extrait :

« Utiliser son sexe en érection comme télescope à toucher le visage de chute du ciel. »

Ce ne sont pas des aphorismes. Ni des brèves, bien qu’ils tiennent en une ou deux lignes de prose. Mais des poèmes. Pas des monostiches (pas plus que distiques ni tercets que terre sait comme on sème, comme on s’aime l’être à la main). Mais des variations – non comme femme ou forme varie mais comme de grand fond(s) l’on épelle ses avatars.

« Éjaculer l’équilibre de son sexe comme sommeil de son odeur. »

Solitude de moinillon. De moine on y trouvera à foison de matines la vêprée des siècles. Non, ils n’ont pas prié en vain, ne se sont pas flagellé l’essence, l’essaim des sens en vain si en jaillit un poème. À l’amont de Dieu, à son ubac.

À s’en imprégner de plus près, tous ces gestes sériels, souvent par correctrices adjonctions successives, vermiculaires ou rompues net – beat de flagellant – articulent, au socle anaphorique d’impérieux infinitifs, leur impératif non-être : « Affirmer l’existence comme prétexte de l’extase. / Affirmer l’existence comme prétexte de la respiration de l’extase. / Affirmer l’existence comme prétexte d’extase de la catastrophe de respirer. »

« Dormir paré par l’incroyable de la respiration. / […] Dormir enraciné au futur antérieur. / Dormir parfumé par la vivacité de son désespoir. / […] Dormir sculpté par le tonnerre d’infinité du feu. / […] Dormir comme le poignard de clandestinité du ciel. » Je dois simuler l’explication de texte pour mieux sombrer à étiage, me hisser à étage de ce vademecum, de ce retro satanas dans la nasse attiré – à tirets – atterré. Je dois faire la part du feu – ne peux que feuilleter plus effeuillé que moi, plus emmuré, plus hérissé de tessons de silence.

(…)

Suite de l’article sur Sitaudis.

 

couve Gestes

 

Un article d’Alain Roussel sur Ode au paillasson

Merci à Alain Roussel pour son compte rendu d’Ode au paillasson paru dans la revue Europe n° 1087-1088 (novembre-décembre 2019).

Eugène SAVITZKAYA : Ode au paillasson. (Le Cadran ligné, 14 €)

« Essuyez-vous les pieds en entrant ! Essuyez-vous les pieds en sortant ! », nous conseille Eugène Savitzkaya dans le quatrième de couverture de son livre, Ode au paillasson, publié au Cadran ligné. Le lecteur est ainsi prévenu qu’il entre dans un espace très particulier, un lieu privé de la pensée qui a ses propres règles, ses propres lois et qui exige du lecteur qu’il se débarrasse au préalable de ses idées préconçues, de ses habitudes mentales.

La première partie du livre, qui donne son titre à l’ensemble, est une pièce de théâtre quasiment injouable, avec des personnages qui n’existent pratiquement que par leur voix, par la parole qu’ils délivrent et qui déjoue toutes les ruses habituelles de la raison pour s’introduire dans le discours. Le ton est d’ailleurs donné d’entrée de jeu par « l’Annonceur public » qui déclare d’une manière péremptoire aux citoyens que nous sommes : « la marmite française a la forme d’un cylindre dont la base a la même forme que la section d’une fève ». Les autres personnages sont à l’avenant, notamment « les faces blafardes » qui, derrière des propos délirants et hautement jubilatoires, ne nous proposent pas moins qu’un nouveau mythe de la création de l’homme et de la femme : « la vulve naquit d’un murmure… la verge naquit d’un sourire… la glotte naquit d’un soupir… la bouche naquit d’une grimace… les dents naquirent d’un baiser… ». Savitzkaya remet en selle, pour notre plus grand plaisir, la théorie des correspondances, ce qui n’est pas sans faire penser dans la démarche au Malcolm de Chazal de « Sens plastique ». Seul, « le Peuple » (invisible) semble dubitatif et, l’œil rivé à la terre et au rythme des saisons, ne s’en laisse pas conter et sonne comme en refrain le rappel à la réalité : « les fleurs ont pourri, le lait a moisi, le vin s’est aigri, le miel a ranci, le pain a verdi, le temps s’est refroidi… »

Dans ce théâtre de langue, tout devient possible, « un monstre peut sortir d’un évier, un sous-marin peut se noyer, d’un petit trou dans un mur une abeille peut surgir, d’un buisson de laurier un cul peut apparaître et soudain transparaître, d’une nuit noire peuvent surgir trois coins d’étoile sur un oreiller… »

« Lorsqu’on invoque l’apocalypse, elle vient », aime à répéter « le Peuple ». C’est chose faite avec le texte suivant : La guerre des anges, une sorte de version moderne et totalement libre de l’Apocalypse de Saint-Jean, une réinvention dans la langue : une apocalypse de langue. Il se passe des événements terrifiants dans le ciel et sous terre, savez-vous. Tout se disloque dans cette guerre des anges où tous s’entre-déchirent » et la Madone, la mère cosmique, mi-fée, mi-sorcière, a fort à faire pour recoudre avec du fil noir, « le même qui sert à recoudre les boutons des braguettes », toutes ces blessures qu’ils s’infligent, pour rafistoler toutes ces loques. Elle est aussi à l’œuvre dans les entrailles de la terre, mijotant dans ses marmites et ses fioles de mystérieuses mixtures capables de donner la vie ou de provoquer la mort. La fin de la guerre des anges est une réinvention par l’imaginaire de la création du monde, où nous sommes invités en spectateurs, à voir, à écouter et à sentir, mais sans comprendre. La Vision commence d’une manière assez abstraite par la lutte fratricide entre la lumière et les ténèbres, l’ange blanc et l’ange noir, puis avec le dernier des anges, elle se fait panthéiste et de plus en plus concrète, allant jusqu’à inventorier les objets les plus hétéroclites : « vieux poêles, vieilles armoires, vieux lits, vieilles baignoires, parabellum éreintés, matelas éventrés… »

Le troisième texte, Peuples périssables, invente toute une généalogie par le langage : « Une Bonne s’unit à une Manière et cela donne un ménage Bonne-Manière, il et elle ont trois filles qui toutes trois le même printemps épousent des Du Coin et cela donne Bonnemanière-Du Coin qui… » Naissent ainsi des dynasties hilarantes que bien des familles illustres d’aujourd’hui pourraient envier, du moins celles qui ont le sens de l’humour. Le dernier texte, Contre l’homme, est une sorte de pamphlet qui n’épargne personne des castes dites « supérieures », tous logés à la même enseigne : Général, Président Élu, Premier Magistrat de la Cour Suprême, Porteur de Perruque, Père Supérieur, Colonel des Libellules, Directeur de Conscience …

Pour ressentir pleinement les ondes salutaires du livre de Savitzkaya, il est essentiel de le lire à haute voix et de se laisser emporter vers la haute mer de la parole, parmi les vagues écumantes des vociférations, la violence des vents, la révolte des éléments déchaînés et, dans le creux des vagues qui emportent tout, le rire d’humour noir qui déride la face et les cervelles.

Alain ROUSSEL

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Une lecture de Bleigiessen

Merci à Mathieu Jung pour sa belle lecture de Bleigiessen, la vision par le plomb, parue sur Poezibao.

Exercices paréidoliques

Sans doute vivons-nous une époque désertée par la magie. Force est néanmoins de constater qu’il subsiste encore des signes, ainsi que des pratiques – mantiques anciennes – qui surgissent de temps à autre au sein du quotidien, du fond d’un verre d’eau, qui mêlent le lisible et le visible.
Regarde de tous tes yeux, regarde. Regarde le paysage, déchiffre les signes dans la Montagne comme Jules Hermann, Antonin Artaud ou Malcolm de Chazal. Cela se nomme paréidolie. Allons-y. (…)

Mathieu Jung

Lire la suite de son article sur Poezibao.

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Une lecture du Traité de la poussière

Merci à Christophe Stolowicki pour sa lecture très personnelle et impliquée du Traité de la poussière de François Jacqmin.

Extrait :

(…) D’austérité athée, un scapulaire flotte dans le big bang. Dans l’ossuaire d’avant le Verbe. Brûlant, glacial, posthume dont le carbone est diamant, le concept taillé à facettes par la face nord. Poèmes d’une magnificence ontologique inégalée, non transcendentale, subtile, suborbitale, intime à la (dé)nomination. Fraternelle prière pour les agonisants d’un qui se sait condamné. « L’être / ne peut se prévaloir / de l’absolu // sans déchoir. / Toute hiérarchie / amoindrit. » L’impesé, l’impensé erre à mi-voix. Une sagesse, un ça en geste abolit toute chanson, sinon de l’être – à même soi et desquamé.

À l’aune de ces sizains Sein und Zeit, Être et temps raisonne dérisoirement, résonne outrageusement comme un chant nazi – non le grégorien « L’approche de l’être s’effectue / aussi / à travers le chant // qui se poursuit / dans le silence que chante / l’être. »

« Ce qui est / renvoie à l’humilité / de  ce qui est. // Le proclamer ne dépasse / pas / le cri des mouettes », leur stridence funèbre.

« L’alouette est trempée d’altitude. / Le jour / pur et inéluctable se lève. // Ni le regard ni la pensée / ne pénètrent / les intentions de tant de limpidités. » L’immanence plus religieuse que les religions, répondant à, répondant de l’ultime question de Leibnitz, pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien. La poésie  garant de l’être rien. (…)

Suite de l’article sur Sitaudis : https://www.sitaudis.fr/Parutions/traite-de-la-poussiere-de-francois-jacqmin-1560587981.php

couve Traité de la poussière

Le Cadran ligné au Marché de la poésie

Retrouvez les éditions Le Cadran ligné au 37e Marché de la poésie à Paris, place Saint-Sulpice

du mercredi 5 au dimanche 9 juin 2019

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en compagnie des éditions Dernier Télégramme et des revues Catastrophes, « Inter, art actuel » et Ouste.

mercredi 5 juin : 14 h – 21 h 30

du jeudi 6 au samedi 8 juin : 11 h 30 – 21 h 30

dimanche 9 juin : 11 h 30 – 20 h

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Une lecture de Bleigiessen, la vision par le plomb

Merci à Christophe Stolowicki pour son beau compte rendu paru sur Sitaudis.

Extrait :

« Se greffant sur une tradition allemande et nordique, « le soir de la Saint-Sylvestre [de] verser dans l’eau un morceau de plomb fondu à la flamme d’une bougie. Au contact du liquide la goutte de métal en fusion se fige instantanément et donne à voir des formes […] dont on tire des présages […] pour l’année à venir. On trouve ainsi dans le commerce, pendant la période des fêtes de fin d’année, des kits de Bleigiessen (littéralement le ‘‘verser-du-plomb’’) », une photographe et un écrivain se livrent à  l’expérience aux échos de test de Rorschach et de cadavre exquis sur « une trentaine » de volontaires invités à « donner libre cours à leur imagination paréidolique », par séances individuelles – sans l’échauffement collectif des publicitaires en quête d’idées ni des surréalistes historiques.

Le résultat est saisissant. (…) »

Lire la suite de l’article sur Sitaudis :

https://www.sitaudis.fr/Parutions/bleigieben-la-vision-par-le-plomb-de-sylvain-tanquerel-et-katrin-backes.php

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