Le Cadran ligné à L’Autre Livre

Le Cadran ligné sera au Salon de L’Autre Livre en compagnie des éditions Pierre Mainard et L’Oie de Cravan, sur le stand B02-B03.

Au plaisir de vous y retrouver.

Salon de L’Autre Livre
Halle des Blancs-Manteaux, 48 rue Vieille du Temple, 75004 Paris – Tél. : 09 54 38 21 65 / Site
Vendredi 4 : 14 h – 20 h / Samedi 5 : 11 h – 20 h / Dimanche 6 : 11 h – 19 h

Nouveautés 2022 :

Le Charivari, de Marc Graciano

Sébastien Omont, sur En attendant Nadeau (4 juin 2022) :

« Comme l’ensemble du texte, ce dernier geste résiste à l’interprétation, ou plutôt il contient plusieurs sens, et avec eux la liberté du lecteur. Par l’extrême précision des descriptions, par une langue qui enveloppe sans solution de continuité (comme certains de ses précédents livres, Le charivari n’est formé que d’une seule phrase) mais qui bouscule par un lexique oublié et par la subversion carnavalesque et par l’étrangeté des images, Marc Graciano nous donne un aperçu en soixante pages de la complexité et de l’ambivalence de la vie collective. »

Les Grandes Soifs, de Joël Cornuault

Dessin de Gabrielle Cornuault

Patrick Corneau, à propos de ce livre, sur son blog Le lorgnon mélancolique :

« Ce recueil de courts textes apparemment librement associés – en fait savamment combinés, est une suite de rêveries, réflexions et moments d’exaltation épiphaniques, qui nous conduisent à l’écart, hors de ce temps, de son langage et des lieux qui récusent la vie. Joël Cornuault a un don précieux pour extraire le charme non conforme des objets les plus modestes de nos vies : bancs publics, ferronneries, fleurs des champs, pierres du chemin, modelés des paysages éprouvés pédestrement… Le « furetage intrigué » pratiqué au cours de « prospections décousues » est le fonds de son être dromomane qu’il nous livre littérairement à travers l’alacrité d’une légère et gaie érudition apte à tourner la clé des souvenirs ou la boîte à rêves. Esprit dénué de tout tropisme dans l’art de plaire ou de ne pas déplaire, sa parole franche (et amicale) appelle la confiance. Fidèle aux enchantements de l’enfance, à ses jeux, à ses étonnements devant la merveille du monde, Joël Cornuault maintient ferme le grand arc dialogique entre le spectacle du monde et le murmure intérieur qu’il soit onirique ou nostalgique. En cela, s’inscrivant dans la lignée de grands intercesseurs (Leopardi, Fourier, Thoreau, Breton, Saint-Pol Roux, E. Reclus, H. Raynal…), il nous aide : il n’y a pas de communion avec le monde sans de ‘grandes soifs’ . »

Chiffreurs et bousingos : une étude romantique, d’Alexandre Prieux

Lionel Bourg, dans Sitaudis : (…)

« Alexandre Prieux déploie l’incisive dialectique unissant contradictoirement les Chiffreurs, entendez les bourgeois, gris, gras, poussiéreux, reconnaissables à leur luisante calvitie, et les Bousingos, frange échevelée de la Bohème républicaine dont un Philothée O’Neddy ne serait pas seulement le raté magnifique. D’une tenue devenue rare de nos jours, l’ouvrage explore, investit les contraires, mettant en jeu défis et complicités d’adversaires équivoques, la dissidence, ici, laquelle sera plus tard dadaïste puis surréaliste (Drieux en appelle à André Breton, « le plus grand et le dernier idéologue du Romantisme »), brûlant ses ailes d’oiseau miraculeux au maigre feu qui se consume dans l’âtre des Philistins. (…) C’est dire qu’on ne trouve pas une once de démagogie, voire d’opportunisme littéraire dans cette étude écrite, je le répète, avec une intelligence et une élégance stylistique dont la rigoureuse beauté ne peuvent que ravir le lecteur. En outre, la chose n’est pas anodine, Alexandre Prieux invite chacun à se replonger dans les souvenirs de Gautier, les déambulations de Baudelaire et les analyses de Walter Benjamin : il n’est guère de meilleure compagnie. »

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Des nouvelles de nos auteurs

Autour de leur ouvrage Bleigiessen, la vision par le plomb, publié aux éditions du Cadran Ligné, Katrin Backes et Sylvain Tanquerel vous invitent à découvrir l’exposition « QUELQUES MATÉRIAUX DU RÊVE » qui se tiendra à la médiathèque Hélène Berr, 70 rue de Picpus, Paris 12e, du 19 octobre au 12 novembre.

Le vernissage de l’exposition aura lieu le vendredi 21 octobre à 19 h, avec présentation du « poème-projection » Bleigiessen (durée : 45 min.) En détournant la tradition divinatoire du Bleigiessen (littéralement le « verser-du-plomb »), Katrin Backes et Sylvain Tanquerel se livrent à un exercice à la fois optique et poétique visant à exalter l’imagination paréidolique de chacun, et ouvrir en grand les portes de la rêverie.

Voir la roue d’un paon se déployer dans l’image d’une goutte de plomb fondu. Éprouver les merveilles du ciel profond dans l’empreinte d’un jeté de terre. Démêler une faune fantastique dans l’agglomérat d’os et de poils d’une pelote de réjection. Hallucination simple ou vraie vue de l’esprit, cette tendance que nous avons de trouver des formes dans les images indéterminées porte le beau nom de paréidolie. Katrin Backes et Sylvain Tanquerel en font un moyen pratique d’exploration qui, hors des sentiers battus du regard, nous invite à laisser libre cours à notre imagination.

Plus d’informations

Nous signalons aussi la réédition d’un ouvrage de Jean-Pierre Le Goff, en attendant des inédits à paraître au Cadran ligné en 2023, et la parution de la revue amie Des Pays habitables n° 6, que son animateur, Joël Cornuault, présente ainsi :

Toujours naïve, utopique, exubérante, la revue Des PAYS HABITABLES fait paraître son sixième numéro en ce mois d’octobre.

Tout, sans doute, est surprise dans son nouveau sommaire où se sont invités Theodor Adorno et Jean Suquet, l’un (le croirez-vous ?) « sur le seuil » du surréalisme ; l’autre, un photographe, un essayiste, un poète qui reste entièrement à découvrir.

Enrichissent, par ordre d’entrée en scène, cette nouvelle livraison Anne-Marie Beeckman ; Patrick Cloux ; Silvia Majerska ; Yves Leclair ; Lionel Bourg ; James Ensor (qui n’a en tête ses fantasmagories peintes ? Mais qui connaît les écrits d’Ensor ?) ; Sylwia Chrostowska (c’est elle qui nous initie à cet Adorno méconnu en France) ; Laurent Albarracin. La hardiesse, l’inattendu, les planètes, les volières la dromomanie, les monts et merveilles se sont donnés ici rendez-vous.

Et pour compléter cet automne, le premier numéro hors série de la revue vient de paraître. Journal de neiges, suivi de Cristaux de neige est son titre et Jean-Pierre Le Goff son auteur. Le livre est postfacé par Sylvain Tanquerel, qui a retrouvé avec Cristaux de neige des pages inédites de l’auteur du Cachet de la Poste (Gallimard, 2000) et aussi de Coquillages (Les Grands champs, 2014). Oui : « Recto : la neige qui tombe. Verso, le nez de l’enfant écrasé contre la vitre ». (Journal de neiges, page 21)

Des PAYS HABITABLES n°6, 86 pages, 14 €. ISBN 978-912753-62-5

Jean-Pierre Le Goff, Journal de neiges, suivi de Cristaux de neige, 70 pages, 14 €    ISBN 978-912753-63-2

Disponibles en librairie

Ou à l’adresse suivante : librairielabrechevichy@gmail.com     Librairie La Brèche, éditions 7, avenue Jean-Baptiste Bulot 03200 Vichy

Et aussi sur le site      https://pierre-mainard-editions.com/

Le Charivari, lu par Maxim Gorke

Merci à Maxim Gorke qui signe un bel article sur Zone critique (22 août 2022) à propos du Charivari de Marc Graciano.

« Avec Le Charivari, publié en mars 2022 aux éditions Le Cadran ligné, Marc Graciano poursuit sa plongée poétique dans un monde où le geste prévaut sur la parole. Quelque part entre mythologie de la nature, déambulation territoriale et sociologie médiévale se déploie un règne intemporel où l’Homme tient une place centrale, mais pas incontestée. »

Les Grandes Soifs, lu par Jean-Claude Leroy

Merci à Jean-Claude Leroy pour son article consacré au livre de Joël Cornuault, mis en ligne sur Sitaudis :

« Les grandes soifs, c’est un recueil de chroniques rêveuses en même temps qu’érudites où l’on prend grand plaisir, au milieu des paysages peuplés de vies multiformes, à croiser tant d’auteurs sagaces, tels Joseph Delteil ou André Dhôtel, André Breton ou Élysée Reclus, ce dernier étant l’un des écrivains et personnages favoris de Cornuault, avec Saint-Pol-Roux, semble-t-il. »

https://www.sitaudis.fr/Parutions/joel-cornuault-les-grandes-soifs-165

Les Grandes Soifs, lu par Jacques Josse

Jacques Josse consacre un papier aux Grandes Soifs de Joël Cornuault sur remue.net. Merci à lui pour sa lecture.

« Une fois que le promeneur a choisi son terrain, il doit se mettre à rôder calmement », Joël Cornuault


Joël Cornuault apprécie les à-côtés, les brèches, les chemins de traverse, les rues peu passantes, les impasses silencieuses et autres lieux apaisants où il peut flâner en essayant de ne rien rater de ce qui se présente à lui. Il s’arrête sur des objets, des détails, des signes du temps, des curiosités qu’il interroge (et qui lui parlent). Ainsi se trame son livre, conçu à l’écart des grandes routes, qui va quêter un peu d’émerveillement, d’insolite, de secrets dissimulés là où il est encore possible de s’émouvoir. C’est le cas aux alentours du village de Besse où, y séjournant quelques jours, il constate, au fil de ses promenades, que l’harmonie entre le passé lointain et géologique du territoire et son aspect actuel, façonné par le travail de ceux qui y vivent, a en partie été préservée.

« Ici, les pioches, les binettes, les haches et les faux dont se dotèrent les paysans pour défricher et cultiver les solitudes montagneuses, les petits troupeaux qu’ils élevaient, ne devinrent pas dévastateurs. Malgré les abattages, malgré l’ouverture des carrières, les outils, pourtant actionnés par de nombreuses générations, ont exercé leurs effets sur l’organisme naturel sans trop de brutalité. »

Partout où il pose ses pas de promeneur attentif, l’écrivain a une pensée particulière pour ceux qui ont participé à la lente transformation des endroits qu’il découvre. Derrière ces changements, il y a, parmi une multitude d’anonymes, des personnalités, des artisans qu’il nomme et qu’il replace dans leur époque. Gabriel Davioud, l’architecte d’Haussmann, à qui l’on doit l’invention des bancs de bois à dossier plat, est de ceux-là.

« C’est dans les allées du square de La Chapelle que je crois avoir connu mes premiers bancs publics. Les sièges en bois à dossier droit, soutenus par des montants de fonte fleuronnés aux armes de la ville, étaient alignés le long des grilles. »

Un peu plus loin, il s’attache au « lyrisme des ferronneries ». Celui-ci ne peut s’offrir qu’à ceux qui vont par les rues en accrochant leur regard à ces détails vrillés, ciselés, de différentes formes (papillons, feuilles, oiseaux, fleurs, etc) qui ornent discrètement portes, fenêtres, volets, façades ou grilles. Il remonte le temps. Si ces ornements ont beaucoup vieilli, il les conserve néanmoins dans cette immatérielle boîte à rêveries où il lui arrive de puiser fréquemment pour se ressourcer, pour retrouver un peu d’enfance, pour respirer plus calmement, pour se rapprocher d’un ami disparu (Pierre Tesquet) ou pour dialoguer, à nouveau, via les livres, avec Dhôtel, Reclus, Breton, Delteil, Fourrier, Leopardi, Gracq ou Caillois.

« Je m’aperçois que, depuis plusieurs années maintenant, je mentalise de plus en plus le monde et la vie. Je les double de lectures ; je leur juxtapose des songes poétiques, je collectionne des images de ma confection en vue de m’établir au plus près de moi. »

Les Grandes Soifs ouvrent à des mondes insoupçonnés et familiers (qui sont au coin de la rue ou au bord du talus) en invitant à la promenade, au pas de côté, à la lenteur, à l’errance, à la simplicité et à la réflexion.

Jacques Josse


https://remue.net/les-grandes-soifs

Deux rendez-vous en juin avec Le Cadran ligné

Le Cadran ligné sera au Marché de la poésie place Saint-Sulpice, Paris 6e, du vendredi 10 juin au dimanche 12 juin, en compagnie des éditions Dernier télégramme, stand 613. Nous aurons grand plaisir à vous y retrouver. Vous pourrez y rencontrer certains de nos auteurs, au gré de leurs passages sur le stand, notamment Christian Viguié et Joël Cornuault.

Le samedi 18 juin nous serons au Salon des éditeurs de poésie de Vicq sur Breuilh (à 20 minutes de Limoges), en belle compagnie également :

Un entretien avec Marc Graciano

Yann Étienne s’entretient avec Marc Graciano dans les pages de Diacritik. Extrait :

« Les parutions de Johanne au Tripode et du Charivari au Cadran Ligné sont l’occasion d’aller à la rencontre d’un écrivains des plus singuliers. Les textes de Marc Graciano sont contemporains parce qu’archaïques et ce paradoxe fécond leur donne leur patine particulière. Depuis Liberté dans la montagne en 2013, son œuvre s’est étoffée, radicalisant peu à peu ses procédés stylistiques et narratifs tout en diversifiant ses arcs esthétiques. Entrer dans les rouages de cette œuvre dans le monde d’aujourd’hui, c’est saisir les modalités particulières d’une conjonction entre une langue extrêmement stylisée, neuve autant que vieille, et le rapport de l’écrivain à une fiction première et primale, revenue de l’aube des récits.

(…)

Le Charivari aux éditions Cadran Ligné a paru peu avant Johanne. Ce texte fait suite au Sacret et au Soufi, et prend place dans ce que vous appelez le Grand Poème. Pourriez-vous nous parler un peu de ce projet, long de plusieurs milliers de pages, dont une infime partie est émergée ? A-t-il vocation à être intégralement publié ?

C’est en effet un projet long que j’ai choisi de publier peu à peu en courts fragments, principalement au Cadran Ligné. Cette maison d’édition me parait fortement adaptée à ce projet où j’ai l’intention de beaucoup pousser les feux, comme l’on dit, question style, frôlant bien souvent l’expérimentation. Il s’agit de la vie d’un homme, de l’enfance à la mort, qui se fera ermite et voudra établir une maison-Dieu sur le lieu de son ermitage, mais échouera et renoncera, découvrant que la maison de Dieu existe déjà, et qu’elle est le monde qui l’entoure. Tous ces fragments ont vocation à être réunis un jour (après relecture et refonte) dans un seul volume. Ce sera je crois, au risque de paraître ambitieux ou présomptueux, mon grand œuvre (qu’il n’est pas encore certain que je pourrais mener à terme.) Je l’appelle grandiloquemment Le grand poème, mais ce n’est pas l’écrit lui-même que je qualifie ainsi, mais bien toute la poésie du monde de laquelle il tentera de rendre compte. (…)  »

Le Cadran ligné au festival Les Enchanteurs

Nos éditions seront présentes au marché d’éditeurs du festival les Enchanteurs, les 14 et 15 mai, au château de Goutelas dans la Loire (42). Au plaisir de vous y rencontrer.

SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 MAI

Marché d’éditeurs – Lectures – Rencontres – Spectacles

Les Enchanteurs ! Le titre de ce nouveau rendez-vous au Château de Goutelas promet un week-end hors du temps, à la rencontre des écritures poétiques contemporaines. Autour d’un marché de l’édition indépendante, des spectacles, des lectures, des rencontres font entendre les voix poétiques d’aujourd’hui.

Le Château de Goutelas accueille Les enchanteurs poétiques, association d’éditeurs indépendants de poésie, pour vous proposer cet évènement.

Marché accessible de 10h à 18h30

Petite restauration et buvette sur place tout au long du weekend

A signaler également, un entretien avec Pierre Vinclair à propos de notre ligne éditoriale. C’est paru dans le magazine Diacritik :

Un commentaire de Pierre Campion sur « Chiffreurs et bousingos, une étude romantique »

Merci à Pierre Campion qui commente sur son blog le livre d’Alexandre Prieux :

Alexandre Prieux
Une défense et illustration du style

« Je définis l’Histoire comme le choc des hommes, des idées et des armes. »

Alexandre Prieux ouvre et ferme une page d’histoire littéraire sur le gilet de satin rouge que Théophile Gautier portait à la bataille d’Hernani. Quelle page de la littérature ? Celle de quelques personnages et de leurs œuvres, petits sinon minuscules et oubliés, les bousingots ou bousingos ou bousingoths… Ouvrir et fermer son livre par une méditation altière : dédaigneuse et insolente.

Dédaigneuse à l’égard de Hegel (nommé) et de Lanson (non nommé), et de tous les chars lourds de la dialectique ou de la théorie ou des arts poétiques. Mais insolente aussi, à l’égard de confrères et rivaux en matière de styles, de Michelet, Hugo et autres grands, tous nés dans la génération de ces oubliés, et qui vivront beaucoup plus longtemps qu’eux dans la littérature. Car cette insolence conserve, dans son étymologie et dans l’esprit des grandes polémiques, une espèce de respect et de reconnaissance, qui veut pourtant se désintoxiquer du sublime.

Le style d’Alexandre Prieux se fait entendre. Il porte une défense et illustration du Style, en développant un feu d’artifice perpétuel à travers un festival de formules pétaradantes et coruscantes, d’événements, de portraits et de figures : ensemble une évocation du Romantisme, une théorie de l’Histoire et de la Littérature, une vision exaltante et désenchantée de la vie.

Tableau : le rouge

Ils sont là, les bousingos, les Jeunes-France et l’impasse du Doyenné, face aux chiffreurs — aux calculateurs, aux bourgeois, aux classiques en gris —, bien en place dans la cavalerie qui charge sous l’étendard du Romantisme, d’un rouge qui honore moins la politique que la couleur des grandes journées du théâtre. Entre eux tous, Prieux laisse parler Théophile Gautier, leur historien, celui de l’Histoire du Romantisme, celui de 1868 :

Les intérêts de la couleur nous préoccupaient fort… nous avions en outre un goût particulier, l’amour du rouge : nous admirions cette noble couleur, déshonorée maintenant par les fureurs politiques, qui est la pourpre, le sang, la vie…

« Commémorer avec Gautier la bataille d’Hernani et la révolution romantique de 1830, c’est donc retourner à l’instant qui justifie que ce mot de révolution, logiquement réservé aux forces qui déplacent les montagnes de l’Histoire, ait pu être appliqué sans plaisanterie à des actions d’ordre esthétique. » L’esprit de toutes les commémorations : revenir à l’origine, retremper un combat au moment où il s’épuise en vaines colères, au risque de le réduire à des deniers feux…

Tel est le projet de Prieux, de défendre « la relation nécessaire et proportionnée d’une composante de style avec une composante d’énergie » et de substituer les révolutions de l’ordre littéraire à celles de l’ordre politique, par l’exemple de la révolution romantique. Tel était bien celui de Victor Hugo, trois ans déjà avant Hernani, en publiant son Cromwell accompagné d’une furieuse Préface, le tout présenté comme l’inauguration d’un nouvel âge de l’esthétique — le dernier —  dans l’histoire du monde : soutenir, avec le culot de ses 25 ans, que le vrai lieu des révolutions est le théâtre, en invoquant une bataille non pas perdue mais qui n’avait même pas été livrée. La vraie bataille et la vraie preuve à l’appui de cet axiome, donnée dans le désespoir que les Bourbon renoncent jamais à la censure, eut lieu à la Comédie française le 27 février 1830, cinq mois avant les Trois Glorieuses. Un jour, en 1867, elle sera désavouée.

Gautier commémore Hernani et le romantisme, dans l’atmosphère débilitante d’un Second Empire qui ne sait pas encore qu’il va tomber à Sedan, quatre ans lui-même avant de mourir et de recevoir l’hommage de Victor Hugo, d’un Hugo vieilli, dont la dernière pièce date de 1843 et dont le théâtre fut l’histoire d’une infortune continue :

Moi qui t’ai connu jeune et beau, moi qui t’aimais,

Moi qui, plus d’une fois, dans nos altiers coups d’aile,

Éperdu, m’appuyais sur ton âme fidèle,

Moi, blanchi par les jours sur ma tête neigeant,

Je me souviens des temps écoulés, et songeant

À ce jeune passé qui vit nos deux aurores,

À la lutte, à l’orage, aux arènes sonores,

À l’art nouveau qui s’offre, au peuple criant oui,

J’écoute ce grand vent sublime évanoui.

[…]

Ce siècle altier qui sut dompter le vent contraire,

Expire ô Gautier ! toi, leur égal et leur frère,

Tu pars après Dumas, Lamartine et Musset.

L’onde antique est tarie où l’on rajeunissait ;

Comme il n’est plus de Styx il n’est plus de Jouvence.

Le dur faucheur avec sa large lame avance

Pensif et pas à pas vers le reste du blé ;

C’est mon tour ; et la nuit emplit mon œil troublé

Qui, devinant, hélas, l’avenir des colombes,

Pleure sur des berceaux et sourit à des tombes.

Hauteville-House, nov. 1872. Jour des Morts.

Un grand thrène, d’une tristesse majestueuse. Dirons-nous que Victor Hugo a rejoint le camp des versificateurs classiques ? Non, car ici il incarne en deux personnes, Gautier et lui-même, l’échec du Romantisme et le travail de la mort. C’est même le moment où, selon certaines formules de Prieux, il va devenir incommensurable à tous autres et, en dépit de toutes les objections, inoubliable. Et puis, dès l’époque d’Hernani, son maintien personnel ne se permettait ni gilet rouge ni débraillé.

Amer savoir celui qu’on tire de la Commune. Hugo est déjà revenu à Guernesey où il va rédiger son Quatre-vingt-treize. L’Événement est de retour, c’est encore et toujours la Révolution française, dont le sens mystérieux ne relève plus du théâtre mais, il lui semble, d’un roman gigantesque dont les personnages mêleront Marat, Danton et Robespierre à ceux de Cimourdain et Gauvain. L’esthétique répond présent, mais l’événement est premier. Le seul mobile de la fable et sa dignité, c’est qu’elle croie approcher le sens de l’événement mieux que l’histoire, la philologie, ou la philosophie.

Prieux : « Le fait politique promet et ne tient pas ; le fait esthétique, lui, a lieu tout de suite. » Certes, mais le fait politique, lui, revient à tout bout de champ (en 1830, en 48, en 71, en 1917), couvert de sang réel, promettant toujours et ne tenant jamais — c’est sa force. Et il revient sans cesse provoquer l’esthétique[1].

Portraits

Gautier commençait son Histoire du Romantisme par les épigones des grandes figures, par leur piétaille. Façon de leur rendre hommage en ce qu’ils traçaient d’avance le destin du Romantisme — de n’avoir brillé qu’un instant et d’un éclat un peu faux.

Des catégories : les deux Cénacles, les Jeunes-France, la Bohême galante, les Bousingos donc, les petits Romantiques les plus voyants, les plus caractérisés par leur nom, leur légende, leur délimitation « d’un côté par le fait littéraire, de l’autre par le fait politique. Champ tout négatif, champ peut-être aussi le plus pur du Romantisme ».

Des noms, relevés au passage par des accointances, avec Baudelaire ou Nerval[2] ou les Surréalistes, ou même avec Flaubert.

Des médaillons, rapides, de Bouchardy, Jehan du Seigneur, Jules Vabre, Petrus Borel et du peintre Nanteuil. Mais, dans ce petit livre, Philothée O’Neddy emporte près de dix pages[3]. Car, résumé par les deux dates des représentations d’Hernani (1830 et 1867, celle de la bataille et celle de la réconciliation) et n’ayant jamais écrit qu’un seul recueil de poésie (Feu et flamme, 1833), il emblématise « avec une sorte de pureté spectrale » l’échec du Romantisme. C’est lui aussi qui apporte l’opposition entre les bousingos et les chiffreurs et qui définit ainsi, réciproquement, la fantaisie (et l’impuissance) de ceux qui travaillent sous leur chapeau (le nom de leur couvre-chef) et la positivité de la bourgeoisie qui ne connaît que les chiffres des fortunes et des infortunes et celui des tirages : « Il n’y a qu’un seul miroir où se distingue nettement le bousingo : c’est le miroir de la bourgeoisie. […] l’exécration romantique de la bourgeoisie mesure le besoin non moins romantique de cette même bourgeoisie. Précisément on peut dire que, plus grand est ce besoin, plus petit est le Romantique. » Complicité fatale.

Grâce aux formules de Prieux, O’Neddy représente un état premier et dernier du Romantisme et sa figure en quelque sorte héroïque. Fusées de détresse plutôt que d’un 14 Juillet, elles témoignent que le Romantisme, ici et maintenant et dans l’avenir, est le recours vers lequel « se retourneront toujours ceux qui cherchent, dans la brève nuit humaine, les traces brûlantes de l’idéal ».

Car les grands noms ici sont ceux de Théophile Gaultier et de Victor Hugo, celui-ci portant constamment son ombre sur celui-là et sur les phalanges de 1830, et ainsi déterminant le sens de toute cette histoire. À savoir que, devant le temps et la mort, et si le style est bien le propre de l’homme, toute la littérature est l’histoire d’un échec honorable et même glorieux.

Pierre Campion http://pierre.campion2.free.fr/cprieux.htm


[1]  Pierre Campion : La  Littérature au défi de la Révolution française, essai. (2021)

[2] Après l’ouvrage de Théophile Gautier, il faudra attendre 75 ans avant que l’histoire littéraire ne rende justice à Nerval.

[3] Philothée O’Neddy est le pseudonyme d’Auguste-Marie Dondey,